Manifeste du Collectif de Soutien des Homos Sans Papiers

Association pour la défense des droits des personnes LGBTQI+ à l'immigration et au séjour

Manifeste du Collectif de Soutien des Homos Sans Papiers

« Nous voulons vivre au grand jour »

par N. S. et Lionel Povert, Bruno, Kader, Anis et tous les autres…

Nous sommes des couples homosexuels. Par amour, nous avons décidé de vivre ensemble. Les préfectures refusent de régulariser les gais: nos amant(e)s sont désormais menacés d’être expulsés du territoire français. Tout s’est fait dans l’ombre, avec l’obéissance aveugle à des critères mis en oeuvre pour justifier l’exclusion. Nous, nous pensons que le droit de vivre avec la personne de son choix est un droit fondamental.

Le gouvernement use de son autorité sur les préfectures pour jouer la carte famille contre les célibataires ou ceux qu’il considère comme tel. Il refuse de reconnaître les liens sociaux, les attaches affectives durables et le projet de vie qui sont les leurs et témoignent en faveur de leur intégration.

Pour interdire aux homosexuels, lesbiennes, transexuels étrangers le droit au séjour, les pouvoirs politique et administratif s’appuient sur les lacunes et les retards de la législation française qui refuse de reconnaître l’égalité des droits aux gays et lesbiennes. C’est ainsi que le pouvoir politique justifie son mépris aveugle de leurs droits, et leur refuse le droit de vivre dans notre pays. Contre cette logique, la régularisation de tous les sans-papiers demeure le seul slogan moralement digne et acceptable.

Toute expulsion de malades étrangers, atteints du sida ou de pathologies graves, toute expulsion de gais (homosexuels, lesbiennes ou transexuels), est, de fait, une atteinte aux Droits de l’Homme. L’application de la circulaire Chevènement bafoue délibérément les engagements de la France dans le cadre de la Convention Européenne des Droits de L’Homme : l’article 8, concernant la vie familiale et privée, qui devrait être interprété en faveur des couples mixtes gais; l’article 3, sur la protection contre les traitements inhumains et dégradants, qui devrait interdire à un pays civilisé de renvoyer dans leur pays d’origine des personnes menacées en raison de leur appartenance à une minorité sexuelle.

En effet, les gais ( homosexuels, lesbiennes et transexuels) étrangers expulsés sont condamnés à subir des pressions familiales, des persécutions et des violences sociales et/ou politiques en raison de leur identité et de leur mode de vie qui peuvent aller jusqu’à l’assassinat. Leur refuser le droit au séjour, c’est refuser de reconnaître le caractère particulier des risques et des discriminations spécifiques dont ils sont victimes en raison de leur identité et de leur mode de vie.

Les gais (homosexuels, lesbiennes et transexuels) doivent bénéficier de l’asile et de la protection des démocraties européennes, en particulier de notre pays. La France s’honore d’avoir contribué à la définition de grands principes universels, contenus dans la Déclaration Universelle des Droits de L’Homme. Elle a, plus que tout autre, le devoir de les faire vivre et de les respecter.

Les associations françaises pour les Droits de l’Homme et la défense des étrangers ignorent trop souvent la problématique des sans-papiers gais. C’est pourquoi nous nous constituons en Collectif d’Homos Sans Papiers pour défendre nos droits: droit à une vie privée, à vivre avec la personne de notre choix, à protéger celle ou celui qu’on aime et qui nous fait confiance.

Nous appelons tous les gais (homosexuels, lesbiennes, transexuels) désireux de faire reconnaître leurs droits mais aussi toutes celles et tous ceux qui, plus largement, veulent manifester leur soutien en faveur du respect des libertés individuelles et des droits fondamentaux de la personne humaine à nous rejoindre et à soutenir notre action.

Paris, le 21 mars 1998. 

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